Et si la vraie révolution énergétique se jouait sans l'État ?
Beaucoup commentent la PPE3 comme un coup d'arrêt au développement des énergies renouvelables en France. Certains en concluent qu'il faudrait se résigner, attendre, faire confiance à une politique qui nous éloigne chaque jour davantage de nos voisins européens et du reste du monde. C'est une erreur — et une occasion manquée.
Oui, la PPE3 réduit significativement les appels d'offres publics. Oui, elle crée une ambiance défavorable, entretenue par ceux qui ont précisément intérêt à freiner la transition énergétique. Mais voici ce qu'on omet de dire : elle ne change rien à ce que chacun d'entre nous peut faire.
Une liberté que peu de gens exercent encore
Le droit à l'autoconsommation — individuelle ou collective — est inscrit dans le droit européen. Les particuliers, les entreprises, les collectivités territoriales peuvent développer leur propre production d'énergie renouvelable. Personne ne peut légalement les en empêcher. Ce droit existe. Il attend simplement d'être saisi.
En 2022, la guerre en Ukraine et la flambée des prix de l'énergie avaient provoqué un sursaut : des milliers de ménages et d'entreprises s'étaient tournés vers le solaire. Cette dynamique s'est essoufflée avec la baisse des prix de l'électricité. Mais aujourd'hui, une nouvelle raison — plus durable — devrait convaincre ceux qui hésitent encore.
Le vrai changement de donne : les batteries
Pendant longtemps, le principal reproche fait aux énergies renouvelables était leur intermittence : le soleil ne brille pas la nuit, le vent ne souffle pas toujours. Cet argument s'effondre.
Les batteries de stockage connaissent exactement la même révolution que les panneaux solaires il y a quinze ans : des coûts qui s'effondrent, des performances qui progressent. Il est désormais possible de stocker l'énergie produite dans la journée pour la consommer le soir ou la nuit. L'autoconsommation devient ainsi une réponse complète, pas seulement partielle.
Concrètement, cela signifie qu'un particulier, une PME ou une commune qui s'équipe aujourd'hui peut produire son électricité à un coût très inférieur aux 100 € le mégawattheure que nous payons collectivement — et s'en affranchir durablement.
Ce qui freine encore — et ce qu'il faut savoir
Soyons honnêtes : des obstacles existent. ENEDIS et RTE pratiquent une politique de raccordement au réseau particulièrement restrictive, sans véritable base juridique et en contradiction avec les obligations européennes de la France. L'administration, elle aussi, tarde parfois à délivrer les autorisations nécessaires.
Mais ces obstacles sont surmontables. Et ils ne doivent pas servir de prétexte à l'inaction.
La vraie bataille est ailleurs
Le principal frein aujourd'hui n'est pas juridique. Il est psychologique. La communication autour de la PPE3 a semé le doute, laissant croire que le renouvelable était en pause, voire en recul. C'est faux.
La vraie question n'est pas de savoir ce que l'État va faire. C'est de savoir ce que vous pouvez faire. Un toit exposé au sud, une toiture de hangar, le parking d'une PME, les bâtiments d'une mairie : autant d'opportunités concrètes de produire une énergie moins chère, plus stable, et indépendante des aléas géopolitiques.
La transition énergétique ne viendra pas d'en haut. Elle se construira entreprise par entreprise, commune par commune, toit par toit.
Source : Corinne Lepage